"Je suis libre parce que je cours toujours." J. Hendricks
9 Août 2013
15 jours après mon abandon au Quechua Tour des Fiz, je reviens sur la course et me lance dans la rédaction du compte-rendu. (course et bilan)
Ce 28 juillet 2013, je me lève à 2h pour pouvoir démarrer du Grand Bornand avant 3h. Direction Plaine-Joux avec une bonne heure de route pour arriver au Camp de Base à 3h45. Le briefing est prévu à 4h30 pour un départ à 5h.
Arrivé sur place, je prépare mon matériel tranquillement (sac, gels, barres salées, frontale, bâtons ...) A 1350 m d'altitude, sur la ligne de départ à 4h du matin, il fait déjà 20°C. La journée va être chaude. Lors du briefing, l'organisation insiste beaucoup sur l'hydratation et sur l'alternance sucré-salé, le salé permettant de garder l'eau. Ce sera effectivement le fil rouge de la journée.
5h précise, le départ est donné. Après 10 min de chemin 4x4 sans grande difficulté, nous redescendons sur un sentier monotrace en sous bois nécessitant l'utilisation de la lampe frontale pendant environ 20 min. La montée vers le refuge de Varan (1620 m) se fait en moins d'une heure face au Mont Blanc sur lequel le soleil se lève. C'est magnifique.
Ce refuge est un premier ravitaillement bien venu après 11 kms car il commence déjà à faire chaud.
Au bout de 10 min de course, j'ai en effet baissé les manchons car la température douce stimule la transpiration ce qui avait tendance à faire glisser ma frontale.
Après 30 min de descente assez technique, je termine la première boucle et me retrouve en bas de la montée de la cheminée de Platé. C'est un mur qui se présente face à moi. Je gère tranquillement la montée dans un paysage lunaire à la fin. Les lacets sont dans la partie terminale très courts, le dénivelé est impressionnant mais techniquement ce passage est relativement simple. C'est dans cette montée que commence ma virée avec Juan Carlos un trailer espagnol avec qui je vais faire une bonne partie de mon périple. Je mettrai 1h45 pour monter cette partie et arriver au refuge de Platé (2032 m), premier point de contrôle. Là je pointe en 174 ème position avec déjà 3h47 de course.
Au niveau de l'alimentation, je mange à ce ravitallement des TUC afin d'avoir du salé.
Se profile ensuite la montée vers le col de Portette qui culmine à 2534m. Ces 500m de dénivelé sont relativement difficiles pour plusieurs raisons :
Au sommet du col de Portette, c'est une ambiance euphorique qui nous attend avec un groupe de supporters chauds bouillants. La vue est magnifique avec des alpages fleuris de milliers de gentianes. La descente est assez technique au début avec un sentier monotrace caillouteux et bien pentu. J'ai du mal à me laisser aller. Elle se poursuit par la traversée d'un grand névé puis enfin ce sera des chemins herbeux d'alpages qui nous conduiront au refuge de Sales (1877m). Ce sera la seule portion de descente durant laquelle je pourrai vraiment courir pour faire tourner les jambes. Je gèrerai relativement bien les crampes dans cette descente avec des granules d'homéopathie mais aussi des massages des cuisses avec la neige du névé. Je suis serein à ce ravitaillement car le moral revient. Je poursuis la course avec Juan Carlos. Nous gèrons le rythme à deux tout en prenant le temps de faire quelques photos sur le parcours.
Mais alors que je pensais que le reste de la descente serait une formailté jusqu'à Salvagny, c'est un parcours avec pas mal de passages techniques et au soleil qui s'enchaînent. La descente nous paraît interminable avec mon compère espagnol. Nous passons le PC abandon pensant que nous étions au 2ème point de contrôle. C'est finalement quelques minutes après la barrière horaire que nous arrivons au ravitaillement de Salvagny (885m). Les commissaires sont indulgents et permettent aux coureurs en bon état de repartir. On pourrai penser que la descente est une formalité mais ces 1500 m de dénivelé négatif ont laissé des traces.
A Salvagny, je pointe à la 164ème place. Nous sommes à mi-course au niveau kilométrique mais il nous reste presque 3000 m de dénivelé positif. Mon acolyte du jour, Juan Carlos, me fait savoir qu'il abandonne. Je prends le temps de bien me ravitailler avec notamment de la soupe histoire de continuer à apporter du sel à mon organisme, je fais le plein des gourdes et du camelbag et je repars avec 2 concurrents Lionel de l'ASPTT Belfort qui était juste devant nous et Jessica. Nous savons tous les trois que la mission qui nous attend avec une montée au refuge de Grenairon (1974m) soit plus de 1000m de D+ va être compliquée : arriver au refuge avant la barrière horaire de 14h30.
Lionel part devant à son rythme alors que Jessica semble caler dès le début de la montée. La première partie se fait en sous bois sur un chemin 4x4 sans lacet, avec des lignes droites difficiles à gèrer au niveau mental. Il est aux alentours de midi et la chaleur est écrasante même dans cette forêt. Je puisse déjà pas mal dans mes réserves d'eau. Je sors alors de ce sentier ombragé et là je prends un coup de massue avec ce soleil qui malgré la casquette humide, m'assomme litéralement. Derrière je vois revenir Jessica qui n'a pas l'air d'être mieux que moi mais qui à son rythme me dépasse et m'encourage même si elle reconnaît qu'i y a très peu de chance d'être au refuge de Grenairon à "l'heure". En plus du coup de chaud, je prends un coup au moral, des signes de crampes réaparaissant.
Et à partir de ce moment le doute s'installe dans mon esprit. Je m'assieds quelques minutes sur un caillou, je repars, je m'arrête à nouveau et la penséé d'abandonner fait surface. Je suis au bout du rouleau. Je rentre dans la dernière moitié de la montée et plus un poil d'ombre à l'horizon. Je supporte très mal cette chaleur malgré une hydratation régulière. Mes réserves en haut "fondent" rapidement. Et là dernier coup de butoir, je vois apparaître les fermeurs. Je suis dernier. Je repars un peu devant eux mais je sens bien que cela est de plus en plus difficile. Les jambes sont lourdes et douloureuses, je puise dans les dernières réserves. Le point de ravitaillement suivant me paraît inaccessible.
C'est alors que je fais le point avec les fermeurs sur la suite des hostilités et après pas mal de minutes de discussions et de réflexion, je décide d'arrêter. Cette décision est vraiment difficile à prendre mais avec le recul cela fait partie de l'expérience d'un traileur. Il faut savoir être à l'écoute des signes envoyés par son organisme et prendre la bonne décision. J'ai dépassé la douleur, les coups de mou et je suis allé au bout de moi même. Je ne suis pas allé au bout de la course mais au bout de mes limites du jour.
7h30 d'effort, de joie, d'images plein la tête, de souffrance, d'amertume ...
Il me faudra alors redescendre au point de contrôle de Salvagny et attendre le bus qui nous ramène à Plaine Joux. Drôle de sensation que de monter dans ce bus pour rejoindre la ligne d'arrivée.
En regardant le suivi de la course, j'ai vu que Lionel et Jessica, les 2 traileurs avec qui j'ai redémarré de Salvagny font partis des abandons, surement trop juste pour la barrière horaire du refuge de Grenairon.
La déception étant passée, je pense pouvoir déballer en vrac un bilan de cette course.